mardi 28 mars 2017

Il était Dutfoy...

L’histoire de la "branche russe" de ma famille maternelle depuis les guerres Napoléoniennes jusqu'à la Grande Guerre.  
D'après l'ouvrage généalogique de Jacques Dutfoy, un (très lointain) cousin qui a remonté le temps et nous fait découvrir les fortunes diverses de nos ancêtres depuis le XVIIème siècle, de Paris à Moscou. Voici, en première partie l'histoire de mes aïeux de trois générations, François, Frédéric et Marie Dutfoy, la mère de Robert de Courson, mon grand-père (voir post de Septembre 2014). Le livre publié en 2007 peut ëtre commandé içi.

François Joseph : Entreprendre et persévérer

En 1809, François Joseph Dutfoy s’installe à Saint-Denis et s'associe avec deux partenaires pour fonder la société DUTFOY et Cie, manufacture de toiles peintes (on dirait maintenant de tissus imprimés). Les manufactures de toiles peintes de Saint-Denis jouissaient d'une grande renommée, en particulier celles de Jouy.
En avril 1811, François Joseph épouse Élisabeth Victoire Simonet. Ils auront 8 enfants, tous nés à Saint-Denis, dont 3 mourront en bas âge : Joseph, Frédérique Jenny Amica, Henri Armand, Claire Élisabeth, Jean Émile Auguste, Élisabeth Charlotte, Jeanne Mathilde Ernestine et Joseph Frédéric, notre aïeul.
En novembre 1813, François Joseph est élu conseiller municipal de Saint-Denis. La France de Napoléon est en guerre contre la Sixième Coalition qui réunit le Royaume-Uni, La Russie, La Prusse, la Suède, l'Autriche et un certain nombre d'États allemands. C’est la campagne de France, pendant laquelle Napoléon tente d'éviter ou d'arrêter l'invasion et de conserver son trône.
En 1814, François Joseph est officier de la Garde Nationale, il participe aux combats contre les troupes russes commandées par le général Karlinoff qui attaquent le 30 mars au matin. Paris s'étant rendu, Saint-Denis capitule à son tour avec les honneurs de la guerre.      
Ce fut "le passage d'un déluge de troupes, de prisonniers de guerre, de malades et blessés dénués de tout, privés d'aliments et dont il fallait calmer les besoins de toute nature", d'après le compte-rendu du conseil municipal de Saint Denis.
Napoléon abdique le 6 avril 1814 et part en exil à l'île d'Elbe. Louis XVIII instaure une monarchie constitutionnelle. Le 21 janvier 1815, François Joseph assiste à la cérémonie au cours de laquelle les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette furent déposés en grande pompe dans la crypte de la basilique.

A partir de 1815, la très faible progression de l'industrie textile grève la croissance économique du pays, la reprise du commerce international entraîne la diffusion des tissus de coton et un recul de la production du lin et du chanvre. En 1819, un concurrent va apparaître à Saint-Denis avec un capital 10 fois supérieur à celui de DUTFOY et Cie.

Les affaires deviennent de plus en plus difficiles et les problèmes financiers apparaissent. Les associés de François Joseph vendent leurs biens, sa mère aide aussi son fils en hypothéquant ou en vendant 2 fermes et une maison à Paris. François Joseph et Élisabeth Victoire hypothèquent tous les terrains et bâtiments de la fabrique et leur maison, et François Joseph donne une procuration générale à sa femme. Il envisage alors de liquider ses affaires à Saint-Denis.
En septembre 1823, alors que la plupart de ses biens ont été cédés aux créanciers, il achète à l'audience des criées du Tribunal de Première Instance de Corbeil une manufacture de toiles peintes dite l’Indienne (située rue de l'indienne, à Essonne).
En 1824, Louis XVIII meurt et Charles X le remplace. Dans la crise économique qui s'installe François Joseph fait des travaux d'extension et de modernisation. Probablement par prudence, il organise la séparation de biens d’avec sa femme, car elle possédait encore des terrains à Saint-Denis (notamment au lieu-dit  "le Trou du Cul" qu'elle vendit aux enchères, entre autres, au Sieur Meurdefroy!!)
A Essonne, la manufacture se développe par la construction de nouveaux bâtiments et acquisition de machines. Mais les résultats ne sont pas à la hauteur des efforts de François Joseph car commencent à apparaître les machines à imprimer en deux couleurs qui ne font qu’accroître la concurrence.
Il semble que c’est à partir de cette époque que François Joseph ait eu le projet d’aller s'établir en Russie. En Juin 1836, il vend la manufacture. 

C’est donc à 54 ans que François Joseph arrive en Russie, au printemps de 1836, sous le règne de Nicolas 1er. Il est accompagné de deux de ses fils : René, 24 ans et Armand, 21 ans. Son troisième fils, Joseph Frédéric (notre aïeul) viendra les rejoindre en 1841.
En 1822, le gouvernement russe avait considérablement augmenté les droits de douane sur l'importation des cotonnades et l'industrie textile était en pleine expansion.
François Joseph s'installe avec son fils René dans le village de Sokolovo (à environ 70 km à l'est de Moscou) comme propriétaire d'une fabrique de tissus imprimés (laine, soie, indiennes). Il a obtenu une exonération d'impôts pour 3 ans. Mais, l'usine aurait brûlé. Il est rentré en France vers 1837 avec sa femme, Élisabeth Victoire où ils décédèrent lui le 11 mai 1861, elle le 30 juin 1864. 
Mais ses enfants René, Armand et Joseph Frédéric (notre aïeul) restent en Russie. René quittera ensuite Moscou pour l'Allemagne ou il devint fabricant de boutons. Armand épousera Sophie Weyer, développera une maison de commerce à Moscou avant de fonder une banque à Paris en 1848. Le couple jouera un rôle important dans notre branche...

Joseph Frédéric : un parfum de cristal

Frédéric (Joseph Frédéric) Dutfoy, âgé de 19 ans, a rejoint ses deux frères René et Armand à Moscou et participe à la fondation des Établissements A. RALLET et Cie qui fabrique des cosmétiques et met en alcool des concentrés provenant de France, suite à des accords conclus avec des parfumeurs.
Le 2 août 1846, Frédéric épouse à Moscou Sophie Marcou, fille de Charles Raphaël Marcou musicien au Théâtre Impérial et de Anna Semenowa Nazarenkova. Ils eurent 4 enfants : Georges, Armand (Romain Armand), Marie, notre aïeule,  et Sophie. Les fils sont baptisés catholiques et les filles, orthodoxes.

A. RALLET & Cie prospère rapidement et en 1846, le tsar Nicolas II lui accorde le "Blason d'État" et la nomme "Parfumeur de la Cour de sa Majesté Impériale ".  Le local de Khamonyski étant trop petit, l'entreprise installe son usine à Boutirky (faubourg nord de Moscou) ; elle y subit des transformations importantes. L'entreprise crée alors un magasin à Kharkov. Frédéric va s'y installer pour s'occuper de la succursale RALLET vers 1853.
En octobre 1853, l'entrée des troupes russes en territoire Ottoman provoque la guerre de Crimée. La France et Grande Bretagne entrent en guerre contre la Russie.  C'est pourquoi Frédéric se fait naturaliser russe en 1854. En 1855, Nicolas 1er meurt, il est remplacé par Alexandre II. La guerre de Crimée se termine par le traité de Paris du 30 mars 1856.

Le tsar Alexandre II nomme RALLET « parfumeur attitré de sa Cour Personnelle ».
Toujours en 1861, Frédéric s'est trouvé mêlé à un soi-disant complot polonais contre la Russie. Bien que lavé de tout soupçon, il décide alors  de quitter la nationalité russe.
En 1863, Frédéric prend le contrôle de RALLET. Les affaires se développent et l'approvisionnement en flacons devient de plus en plus difficile. A cet effet,   Frédéric acquiert une verrerie qui deviendra la "Verrerie Cristallerie DUTFOY" qui se développera rapidement.
Le 6 février 1873, son épouse Sophie meurt à Moscou, Frédéric fait transporter son corps à Versailles, où il fait bâtir un tombeau à côté de celui de ses parents. En 1873, Il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur. Il est rentré à Paris ou il décédera en 1897. Il est enterré à Versailles, dans le caveau qu'il avait fait construire pour sa femme Sophie. 



Marie Dutfoy: la retraite de Russie

La fille de Frédéric, Marie Dutfoy est née à Moscou le 27 juin 1852 et baptisée orthodoxe, la religion de sa mère, le 5 juillet dans l’Église de la Nativité de la Sainte Vierge, située au Stolechniki.
Marie vit quelques années chez son oncle et sa tante, Armand et Sophie à Paris et à Bellevue. Sophie cherchait à l’attirer en France le plus possible, craignant de la voir épouser un Russe.
Marie se convertit catholique le 21 mai 1869 à Saint-Séverin. Elle disait : « je n 'ai pas changé de religion, j'ai changé de rites ». Elle parle français,  russe, allemand et anglais.
Sa tante Sophie l'introduit dans le cercle de ses brillantes relations, dont le général Amand de Courson, administrateur du Palais de Napoléon III. (le prénom complet du général était Parfait Amand Marie Fidèle!!). Marie rencontre son neveu, Arthur de Courson de la Villeneuve, capitaine d'état-major. Elle l'épouse le 8 avril 1872 en l'église de la Madeleine. (L'influence d'Armand et Sophie se prolongera longtemps puisque Hubert de Courson, le fils de Robert épousera en 1933 Jeanine Hoskier, d'une famille amie et associée en affaires à Armand Dutfoy.)
Marie et Arthur  auront 15 enfants : Arthur, Marie, Marthe, Madeleine, Yvonne, Robert (mon grand-père), Maurice, Suzanne, Geneviève, Guy, Antoinette, Jeanne, Anne, Bertrand, Alain. (voir post de Septembre 1914)
Marie est décédée et inhumée en 1939 à Olivet, près d'Orléans.





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